Couverture santé au Maroc : les pauvres renoncent aux soins
Le président du CESE, Abdelkader Amara, alerte sur le coût direct des soins qui pousse les ménages à faible revenu à renoncer aux traitements, malgré l'extension de la couverture santé au Maroc.
Le président du Conseil économique, social et environnemental (CESE), Abdelkader Amara, a averti que le coût direct des soins supporté par les assurés pousse les ménages à faible revenu à reporter leurs traitements, voire à y renoncer complètement, malgré l'extension qu'a connue la couverture santé au Maroc ces dernières années. Ces propos ont été tenus lors d'une conférence internationale organisée par le Conseil de la concurrence le 14 octobre 2026 à Marrakech, sous le thème « Politique de santé au Maroc : concurrence, régulation et gouvernance sous la couverture sanitaire universelle ». Le CESE est une institution constitutionnelle consultative qui se prononce sur les questions économiques, sociales et environnementales, et ses recommandations sont généralement suivies par le gouvernement et le Parlement dans l'élaboration des politiques publiques.
L'obstacle des « droits fermés » à l'accès effectif aux soins
Abdelkader Amara a estimé que l'élargissement de la couverture santé a constitué une étape clé du chantier de généralisation de la protection sociale au Maroc, tout en soulignant que la priorité est désormais de rendre cette couverture effective, à travers un accès équitable et réel à des services de santé de qualité. Il a évoqué ce qu'il a appelé les « droits fermés », en référence à des assurés théoriquement couverts mais incapables d'en bénéficier réellement en raison des frais qu'ils paient directement de leur poche.
Des recommandations pour surmonter la cherté des soins
Le président du CESE a appelé à poursuivre le renforcement de l'offre de soins, à consolider le rôle de l'hôpital public, à développer l'intégration entre les secteurs public et privé dans le domaine de la santé, ainsi qu'à améliorer la régulation et la gouvernance du système de santé afin de garantir la pérennité financière des caisses d'assurance maladie. Cette prise de position intervient alors que le ministère de la Santé avait déjà réduit les prix de 151 médicaments de 18,4% en moyenne lors de sa première vague de baisses, une mesure visant à alléger la charge financière des patients.
Un dossier sensible pour la généralisation de la protection sociale
Ce dossier revêt une importance particulière car l'élargissement de la couverture santé est l'un des chantiers phares de la protection sociale sur lesquels le Maroc a misé ces dernières années. L'écart entre la couverture théorique et l'accès effectif des citoyens aux soins constitue, selon Abdelkader Amara, un défi qui menace de vider ce chantier de son sens si le coût direct des soins, qui continue de peser sur les ménages à faible revenu, n'est pas traité.

