Cryptomonnaies au Maroc : flux de 14,6 milliards $ en un an
Le Maroc occupe le 2e rang nord-africain avec 14,6 milliards $ de flux crypto entre juillet 2025 et juin 2026, selon Chainalysis, derrière l'Égypte et malgré l'interdiction légale du trading.
Les flux de cryptomonnaies vers le Maroc ont atteint environ 14,6 milliards de dollars entre juillet 2025 et juin 2026, en hausse de près de 15% par rapport aux quelque 12,7 milliards de dollars enregistrés lors de la période précédente, selon une cartographie régionale de la société américaine d'analyse blockchain Chainalysis, consultée par Hespress. Ce chiffre place le Maroc au deuxième rang nord-africain en valeur des flux, derrière l'Égypte (18,8 milliards de dollars), loin devant l'Algérie et la Tunisie.
Le trading reste interdit : comment expliquer cette hausse ?
Cette progression intervient alors que le trading de cryptomonnaies demeure officiellement interdit au Maroc, en vertu d'un communiqué conjoint du ministère de l'Économie et des Finances, de Bank Al-Maghrib et de l'Office des changes publié en novembre 2017, invoquant la protection de la souveraineté monétaire, la lutte contre le blanchiment d'argent et la prévention de la fuite des capitaux. Pour l'expert marocain en blockchain Badr Blaj, cité par Hespress, l'usage des cryptomonnaies au Maroc dépasse désormais la simple spéculation et couvre des transferts transfrontaliers ainsi que des paiements et achats en ligne ; selon lui, la poursuite de la hausse des flux malgré le recul des marchés mondiaux confirme que la spéculation n'est plus le moteur principal. Il table sur un maintien du Maroc autour des 24e-25e rangs mondiaux dans le classement final du rapport.
Le classement du Maroc en Afrique du Nord
| Pays | Flux estimés | Rang en Afrique du Nord |
|---|---|---|
| Égypte | 18,8 milliards $ | 1er |
| Maroc | 14,6 milliards $ | 2e |
| Tunisie | environ 11,6 milliards $ (3 milliards de moins que le Maroc) | non précisé |
| Algérie | environ 6,5 milliards $ (8,1 milliards de moins que le Maroc) | non précisé |
La trajectoire du Maroc dans l'indice mondial d'adoption
Le rapport Chainalysis suit un indice annuel d'adoption des cryptomonnaies dans le monde, où le classement du Maroc a connu des variations liées à l'évolution du débat juridique sur ce dossier :
| Année | Rang mondial | Fait marquant |
|---|---|---|
| 2021 | 24e | La Cour de cassation confirme que détenir du bitcoin sans licence de l'Office des changes est illégal |
| 2022 | 14e | Plus de 1,15 million de citoyens détiennent des actifs numériques ; le wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, annonce un projet de loi dédié |
| 2023 | 20e | Bank Al-Maghrib confirme l'entrée du projet de loi en phase de consultation institutionnelle |
| 2024 | 27e | Les flux atteignent environ 12,7 milliards $ ; Jouahri annonce un projet de loi préparé avec l'appui technique de la Banque mondiale |
| 2025 | 24e | Publication du projet de loi n°42.25 en novembre |
| 2026 | pas encore déterminé | Les flux grimpent à environ 14,6 milliards $, le projet de loi reste en cours d'examen |
Que prévoit le projet de loi 42.25 ?
Élaboré avec Bank Al-Maghrib et l'Autorité marocaine du marché des capitaux, en s'inspirant du règlement européen MiCA sur les actifs numériques, le projet de loi n°42.25 prévoit que les cryptomonnaies ne seront pas reconnues comme monnaie légale, mais traitées comme une classe d'actifs financiers distincte soumise à une supervision stricte ; les services et le trading seraient réservés à des prestataires agréés, et l'émission de stablecoins limitée aux banques et établissements de paiement approuvés par Bank Al-Maghrib. En juillet 2026, Bank Al-Maghrib a indiqué que le texte législatif restait en cours d'examen, tout en poursuivant des contrôles pour rappeler aux opérateurs que l'interdiction légale demeure en vigueur jusqu'à nouvel ordre.
Tant que cette interdiction reste en vigueur, tout trading de cryptomonnaies au Maroc en dehors de ce cadre demeure contraire à la loi actuelle, même si le volume réel des flux vers le Royaume continue d'augmenter.
Sources
- هسبريس (Hespress)
- Chainalysis

