Centres d'appel au Maroc : l'interdiction du démarchage en France menace 10.000 emplois
Trois semaines après l'entrée en vigueur de la loi française interdisant le démarchage téléphonique, les centres d'appel de Casablanca enregistrent leurs premières pertes concrètes, dont la fermeture d'un centre au Technopark ayant laissé 50 salariés sans emploi, tandis que les professionnels estiment à 10.000 le nombre d'emplois touchés sur les 150.000 que compte le secteur.
Vingt-quatre jours après l'entrée en vigueur, le 11 août 2026, de la loi française interdisant tout démarchage téléphonique sans consentement préalable du consommateur, les centres d'appel de Casablanca commencent à enregistrer leurs premières pertes concrètes : des enseignes retirées, des baux non renouvelés, et la fermeture d'un centre au Technopark ayant laissé 50 salariés sans emploi. Les professionnels du secteur estiment qu'environ 10.000 postes sur les 150.000 que compte la filière de l'outsourcing ont été touchés à ce jour par la mesure française.
De 50.000 emplois menacés à 10.000 emplois réellement touchés
Lors de l'entrée en vigueur de la loi en août dernier, les premiers rapports avaient averti qu'environ 50.000 emplois du secteur marocain des centres d'appel, très dépendant du marché français, pourraient être menacés. Mais trois semaines plus tard, Ayoub Saoud, secrétaire général de la Fédération nationale des centres d'appel et des métiers de l'offshoring, déclare à Le360 qu'« il est encore trop tôt pour tirer un bilan définitif, mais les premiers effets devraient se faire sentir dès cette rentrée ». Il ajoute que certaines entreprises « ont retiré leur enseigne », un « vrai signal », tout comme le fait que d'autres n'ont pas renouvelé leur bail.
Le cas du Technopark : un litige toujours en cours
La Fédération a recensé un cas concret dans un centre du Technopark à Casablanca, où près de 50 salariés ont perdu leur emploi. Ayoub Saoud précise que des réunions organisées avec l'inspection du travail n'ont pas abouti en raison de l'absence du représentant légal de l'employeur, et que le dossier a été transmis à l'autorité régionale dans le cadre de la commission provinciale d'enquête et de conciliation, en attente d'une nouvelle convocation. Les professionnels redoutent une répétition du scénario de Paul & José, qui avait fermé du jour au lendemain à Casablanca en mai 2025, laissant une soixantaine de salariés sans emploi ; ces derniers avaient obtenu gain de cause en justice, mais les jugements sont restés inexécutés.
La Fédération marocaine de l'outsourcing : aucun signe de déstabilisation
De son côté, Youssef Chraibi, président de la Fédération marocaine de l'outsourcing (FMES) et dirigeant du groupe Outsourcia, estime que le secteur ne connaît aucune « déstabilisation », précisant que le démarchage non sollicité ne représente que moins de 15% de l'activité des centres de contacts, lesquels couvrent aussi la relation client entrante, le back-office et l'intelligence artificielle.
| Indicateur | Chiffre |
|---|---|
| Estimation initiale des emplois menacés (août 2026) | 50.000 emplois |
| Emplois réellement touchés à ce jour | 10.000 emplois |
| Total des emplois de la filière outsourcing au Maroc | 150.000 emplois |
| Nouveaux emplois créés chaque année dans le secteur | Plus de 15.000 emplois |
| Salariés touchés au centre du Technopark | 50 salariés |
Pourquoi c'est important
Le secteur emploie officiellement environ 150.000 personnes au Maroc et constitue un levier important de l'emploi, notamment pour les jeunes, mais il fait face à une double pression : les nouvelles contraintes réglementaires sur le marché français, dont dépend une large part des commandes des centres d'appel marocains, et le recours croissant des entreprises à l'intelligence artificielle pour des tâches auparavant confiées à des salariés. Ayoub Saoud avertit que l'absence d'intervention gouvernementale pourrait encourager d'autres entreprises à se soustraire à leurs obligations envers les salariés, à l'image du précédent Paul & José. La Fédération a par ailleurs adressé un mémorandum au gouvernement, en arabe et en français, pour réclamer des mesures anticipatives afin d'atténuer les répercussions des mutations réglementaires et technologiques sur le secteur.

